L'oeil de Ciné Kino

Vendredi 15 octobre 2010 5 15 /10 /Oct /2010 20:13

ALAIN CORNEAU

Réalisateur français né le 7 août 1943, mort le 29 août 2010
Egalement acteur, producteur, scénariste, dialoguiste
César du meilleur film en 1992 pour Tous les matins du monde
16 films, 14,6 millions d'entrées cumulées, 0,9 million en moyenne

Après un premier film passé inaperçu (il faut dire qu'il s'agissait d'un film de SF interdit aux moins de 16 ans), les films policiers d'Alain Corneau lui ont permis d'enchaîner les films millionnaires pendant dix ans. Après un dernier grand succès en 1991 avec Tous les matins du monde (par ailleurs César du meilleur film), le réalisateur traverse par la suite une quinzaine d'années plus difficiles, entre comédies et adaptations de romans intimistes, peinant à atteindre les 500 000 entrées (Les mots bleus ne réunit même que 140 000 spectateurs).

entrées filmographie Corneau Son dernier film, Crime d'amour, sorti le 18 août, ne fait pas exception, s'arrêtant tout juste au demi-million, malgré la mort du réalisateur au 12e jour d'exploitation du film qui aurait pu attirer des spectateurs curieux. Manifestement, l'effet décès (souvent observé dans les ventes de CD) n'a pas vraiment joué (la mort de Laurent Fignon – bien plus médiatisée - le lendemain n'a pas dû aider !).

Cependant, si on regarde les chiffres en détail, on peut tout de même observer quelques effets. Au niveau national, on ne dispose que de chiffres hebdomadaires :

18 au 24 août : 176 475 entrées
25 au 31 août : 109 612 entrées (- 38 %)
1er au 7 septembre : 69 570 entrées (- 37 %)
8 au 14 septembre : 54 533 entrées (-22 %)

Alors qu'on pouvait s'attendre à un bon maintien juste après le décès du réalisateur, la baisse observée en 3e semaine semble étonnamment forte… mais en réalité elle est plutôt modérée dans un contexte de fortes chutes pour tous les films lors de cette semaine de rentrée. En fait, Crime d'amour se situe au niveau des meilleures continuations (entre Inception et Poetry). Le film reprend ensuite une évolution normale puisque les 22 % de baisse en 4e semaine sont dans la moyenne d'une semaine caractérisée par des baisses modérées.

Les entrées quotidiennes sont connues au niveau de Paris et sa banlieue uniquement. Elles permettent d'observer la hausse des entrées - inhabituelle - du mardi de la semaine 2 par rapport au lundi : les spectateurs ayant appris la nouvelle du décès le lundi ont pu voir le film le lendemain. Par la suite, les entrées se sont bien maintenues en semaines 3 et 4 malgré un nombre de copies passé de 52 à 37 puis 28.

entrées Crime d'amour de Corneau

Au final, s'il est incontestable que "l'effet décès" a ponctuellement dynamisé la carrière de Crime d'amour, il semble que son impact soit assez limité sur la durée, ne dépassant pas quelques dizaines de milliers de spectateurs.

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Samedi 25 septembre 2010 6 25 /09 /Sep /2010 20:11

Après un premier trimestre exceptionnel, le deuxième trimestre a débuté sur un rythme toujours soutenu avec environ 4 millions d'entrées hebdomadaires. Mais les bonnes choses ont une fin, et c'est en général au mois de mai vers le Festival de Cannes que le box-office connaît un creux chaque année. Cette année la chute est impressionnante, avec des semaines bloquées entre 2 et 2,5 millions d'entrées.

CK-hebdoTrimestre2-2010 graphique

Le faible nombre de films (et notamment de films porteurs) et leur faible exposition (un millier de copies chaque semaines contre 1 500 en début de trimestre) expliquent en grande partie ces piètres résultats (lire National : moins de 11 millions d'entrées en juin ).

Dans ce contexte, les films se sont succédé en tête des classements sans jamais réaliser de performances extraordinaires, passant rarement le million de spectateurs. Le comble est atteint avec Kiss & kill qui se classe en tête des entrées de la dernière semaine de juin avec moins de 300 000 entrées !

 
CK-hebdoTrimestre2-2010  
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Dimanche 5 septembre 2010 7 05 /09 /Sep /2010 19:12

(Ciné-Kino nous livre une batterie de chiffres et quelques analyses du box-office du deuxième trimestre 2010. Premier article d'une série à suivre)

Le deuxième trimestre 2010 ?

Un trimestre mitigé, bien parti avant de s'essouffler fin mai (cf. National : la pire semaine de l'année est-elle un signe ?  et National : moins de 11 millions d'entrées en juin ) ;

Un trimestre globalement assez terne dans ses sorties, sans autre locomotive que le quatrième épisode de Shrek sorti le dernier jour du trimestre ;

Un trimestre enfin plutôt décevant pour de nombreux films, notamment les suites qui ont rarement fait recette (même si elles occupent les trois premières places du podium !).

Pour commencer cette revue du trimestre, un tableau de bord très synthétique : 

Films

Nombre de films sortis : 137

Moyenne hebdomadaire : 10,5 films

Avril (4 semaines) : 47 films

Mai (4 semaines) : 42 films

Juin (5 semaines) : 48 films

Copies

Nombre total de copies : 16 466

Moyenne hebdomadaire : 1 267 copies

Moyenne : 120 copies par film

Médiane : 39 copies par film

Top 10 = 6 474 copies, soit 39,3 % des copies

Plus grosse distribution : Shrek 4, il était une fin (842 copies)

Entrées

Nombre final estimé d'entrées pour ces films : 38 530 000

Moyenne : 281 000 entrées par film

Médiane : 31 330 entrées par film

Top 10 = 22,4 millions d'entrées, soit 58,1 % des entrées

Plus gros score : Shrek 4, il était une fin (4,2 millions d'entrées)

Indices de succès

Moyenne des rapports entre les entrées finales et les entrées du premier jour (sur 84 films) 19,3

Médiane : 15

Moyenne des rapports entre les entrées finales et les entrées de la première semaine : 2,2

Médiane : 2,09

Entrées par copie

Moyenne des rapports entre les entrées de la première semaine et le nombre de copies : 599 entrées par copie

Médiane : 483

Moyenne des rapports entre les entrées finales et le nombre de copies : 1 394 entrées par copie
Médiane : 1 000

à suivre...

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Lundi 26 juillet 2010 1 26 /07 /Juil /2010 22:05

Les cérémonies des César (27 février) et des Oscars (7 mars) sont les plus attendues et les plus médiatisées en France. Régulièrement, et c'est encore le cas cette année, un film monopolise les principales récompenses et ne laisse que les prix techniques ou secondaires à la concurrence. Un prophète et Démineurs ont ainsi raflé respectivement neuf César et six Oscars, parmi les plus prestigieux. Quelles conséquences ces cérémonies ont-elles eu sur le succès de ces films au box-office ?


Un prophète
est l'un des grands succès français, critique et public, de l'année dernière. Sorti le 26 août 2009, il totalisait 1 228 182 entrées au 30 décembre et attirait toujours quelques centaines de spectateurs chaque semaine sur Paris, bien qu'il soit sorti en DVD. Il avait même réuni près de 30 000 spectateurs supplémentaires lors des ressorties de janvier (Festival Télérama et autres Incontournables UGC), avant de poursuivre tranquillement sa carrière.

Pour ses six mois d'exploitation, il reçut en guise de cadeau d'anniversaire pas moins de neuf César sur treize nominations. Ressorti pour l'occasion sur 150 écrans le 3 mars, il engrangea 39 069 spectateurs supplémentaires en une semaine. Un chiffre élevé puisqu'il lui permit de réintégrer le top 20 hebdomadaire, mais à relativiser étant donné la déjà brillante carrière du film. D'autant plus que l'effet fut de courte durée, le film reprenant rapidement son rythme habituel de quelques centaines d'entrées hebdomadaires. Au final, on peut estimer que les César ont permis à Un prophète d'engranger environ 50 000 entrées supplémentaires, soit un apport d'à peine 4 % par rapport au score qu'il aurait réalisé au final sans cette cérémonie.


On peut comparer ces résultats à ceux obtenus par Séraphine qui, après avoir été récompensé sept fois aux César 2009 alors qu'il arrivait en fin d'exploitation avec près de 600 000 entrées, avait connu une véritable seconde carrière en retrouvant pendant deux mois des scores dignes de ses premières semaines d'octobre 2008. Là, on peut estimer l'apport des César à 200 000 spectateurs, soit un gain de l'ordre d'un tiers par rapport aux 620 000 entrées que le film aurait atteint sans la cérémonie. L'effet César fût donc autrement plus significatif en 2009 qu'en 2010. Sans doute Séraphine, vu seulement par un public cinéphile, avait-il besoin de ce coup de pouce pour toucher un public plus large, alors qu' Un prophète avait déjà réuni l'essentiel de son public et, interdit aux moins de 12 ans, n'avait plus de réservoir de spectateurs potentiels.


De son côté, Démineurs, sorti le 23 septembre 2009, avait connu un succès plus modeste en attirant au final 200 340 spectateurs après deux mois d'exploitation. Le sursaut post-Oscars n'en fût que plus marquant. Trois jours après avoir créé la surprise en battant Avatar aux Oscars, le film, déjà disponible en DVD, ressortait en salles - sur moins de 10 copies -, ce qui lui permit d'engranger 13 715 entrées supplémentaires en restant cinq semaines à l'affiche. Un chiffre relativement modeste, mais qui représente tout de même 6,8 % de gain par rapport à son box-office cumulé lors de sa première exploitation.

Une ressortie pas inutile donc, mais loin des espoirs que l'on pouvait placer dans l'effet Oscars. Là encore en effet, on peut revenir en 2009 et comparer avec Slumdog millionaire, précédent gagnant des Oscars (8 récompenses). La situation était certes différente puisque le film n'était à l'affiche que depuis six semaines, mais l'effet des Oscars avait été flagrant puisqu'il avait permis au film de réaliser en septième semaine son plus gros score, avec 100 000 entrées de plus qu'en première semaine, du jamais vu ! Il est difficile d'estimer précisément l'apport total de la victoire aux Oscars pour ce film, mais, sachant qu'il totalisait 1 200 000 spectateurs avant la cérémonie, on peut supposer qu'il n'aurait pas dépassé 1 800 000 spectateurs en fin de carrière. Or il en a finalement cumulé 2 681 115, soit un gain de l'ordre de 50 %.


Là encore, 2009 a donc été largement plus profitable au lauréat des Oscars que 2010. Le genre de ces films explique certainement en partie cette différence, le film de guerre Démineurs ayant un potentiel plus limité (il comportait un avertissement et s'adressait à un public essentiellement masculin) que la comédie populaire Slumdog millionaire.


On notera enfin que, sur cet échantillon de deux années, les Oscars ont plus d'influence que les César sur le public français ! Rendez-vous dans un an pour confirmer ou infirmer ces observations.

 

Oscars-césar-copie-1  
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Dimanche 7 mars 2010 7 07 /03 /Mars /2010 12:00

Coco, roi de la flambe

On l'a vu précédemment, certains films (blockbusters, suites ou autres films à fans) réalisent des démarrages fulgurants, avant parfois de chuter brutalement. Au final, l'indice de succès de ces films ne dépasse pas 2.

L'exemple récent le plus symptomatique, en 2009, est sans doute Coco. Le film de Gad Elmaleh, très attendu après le succès de Chouchou, réalisa le meilleur démarrage du premier semestre avec plus d'1,8 million de spectateurs en première semaine. Il faut préciser cependant que cette semaine correspondait au Printemps du cinéma, qui a certainement contribué de l'ordre de quelques centaines de milliers de spectateurs à ce résultat. La chute de fréquentation en deuxième semaine n'en fut que plus dure : près de deux tiers de spectateurs en moins ! Même sanction en troisième semaine : malgré un nombre de copies proche du record (871), le film, qui avait fait le plein de fans en première semaine, n'attirait plus que quelques retardataires non échaudés par le bouche-à-oreille calamiteux. Le film quitta les écrans au bout de huit semaines, après avoir multiplié ses entrées de la première semaine par 1,67 seulement (le plus mauvais indice de succès parmi les films millionnaires) !

Slumdog Millionaire, success story au long cours

Heureusement, tous les films ne connaissent pas ce destin. La qualité des films et un bon bouche-à-oreille - toujours plus rapide et efficace avec Internet - permettent à certains films de durer et de devenir un phénomène avec le temps.

Slumdog millionaire en est l'exemple le plus emblématique cette année. Film modeste (le réalisateur est connu mais le casting indien était inconnu et en partie non professionnel), distribué sur un nombre limité de copies (126, soit 11 de moins que Notorious B.I.G. par exemple), le film de Danny Boyle pouvait déjà s'estimer heureux de réunir près de 209 000 spectateurs en première semaine (Notorious B.I.G. en attira 132 000… sur toute sa carrière !) et pouvait prétendre aux 500 000 entrées finales.

C'était sans compter sur le bouche-à-oreille phénoménal qui multiplia rapidement les spectateurs. Le film fut d' une stabilité remarquable, en maintenant ses entrées autour de 200 000 spectateurs hebdomadaires pendant une dizaine de semaines et en gagnant des copies au fil des semaines. Il se paya même le luxe de réaliser son meilleur score en septième semaine (307 531 entrées), grâce à l'effet oscar, cérémonie où il rafla huit statuettes. Fin 2009, soit près d'un an après sa sortie et bien qu'il soit disponible en DVD depuis cet été, le film attirait toujours plusieurs centaines de spectateurs chaque semaine dans les salles.

Au final, l'indice de succès atteint 12,92. Un score vraiment incroyable à une époque où les films sont éjectés des écrans au bout d'une semaine comme de vulgaires produits de consommation, et de loin le meilleur indice de l'année et sans doute de la décennie (depuis 2006, seuls deux films ont dépassé 10 : Little miss sunshine et La vie des autres ont atteint 11,16 précisément).

succès éphémère-succès durable-Coco et Slumdog Million
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