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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 23:13

Cet article est également consultable sur le site du Ciné-Club de Caen

« Caen, des cinémas dans la ville » est une conférence organisée par Les Amis du Musée de Normandie,  donnée le 6 octobre 2010 dans l’auditorium du Musée des Beaux Arts de Caen par Serge David, commissaire de l’exposition « Caen, des cinémas dans la ville » (présentée jusqu’au 31 octobre 2010 dans le cadre des festivités des 50 ans du Lux) et auteur du livre éponyme.

Serge David, président du cinéma Lux, est venu présenter pendant un peu plus d’une heure l’histoire des cinémas à Caen sur plus d’un siècle, jusqu’à aujourd’hui.

Cette histoire a bien évidemment épousé celle du septième art et de sa distribution.

Les origines

Dans les années qui suivent immédiatement sa création par les frères Lumière en 1895, le cinéma n’est encore qu’une attraction parmi d’autres dans les foires itinérantes. Rapidement, ces petits films, que les forains achètent à leurs réalisateurs, obtiennent du succès et prennent une place grandissante parmi les attractions proposées.

L’idée germe vite dans l’esprit de certains que ce spectacle lucratif pourrait le devenir encore plus en en changeant les modalités de diffusion. Quelques entrepreneurs pionniers (Pathé, Gaumont) vont ainsi petit à petit changer la donne, en contrôlant la diffusion des films. Les forains, qui doivent désormais louer les films pour une durée déterminée sans en être propriétaires, vont progressivement perdre la main et être éliminés du marché.  La projection de films se sédentarise et se fait désormais dans des salles « en dur » dédiées au cinéma.  A Caen, cette évolution est portée par Albert Leboyteux : en 1909, son cinéma Omnia est autorisé à s’installer boulevard Albert Sorel, à l’emplacement actuel des courts de tennis.

Le développement des grandes salles dans l’entre-deux guerres

Vingt ans plus tard, l’Omnia doit fermer pour permettre l’extension du stade Hélitas. Avec l’argent de l’expropriation, la première grande salle caennaise (1000 places), le Trianon, voit le jour à l’emplacement actuel de la bibliothèque municipale. Situé à mi-chemin de l’Université (alors rue Pasteur) et de l’association des étudiants boulevard Sorel, le Trianon, avisé, propose déjà aux étudiants un tarif spécial et leur confie une plage de programmation artistique, sous la dénomination de Studio 27 (appel est lancé à l’auditoire pour percer l’origine de cette appellation, que Serge David n’a pu retrouver). Cet établissement correspond aux nouveaux standards de la projection cinématographique : une grande salle pouvant accueillir des centaines de personnes dans des conditions confortables, et munie d’un large écran. Dans la foulée du Trianon, Leboyteux ouvre une nouvelle salle, l’Eden. Cela génère également des vocations chez la famille Martin, qui construit son propre cinéma dans les anciens jardins de l’hôtel de Than, le Majestic (à l’emplacement actuel du Pathé-Lumière). Avant le déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale, Caen compte donc, avec le Select (ouvert dans les années 1910, rue de L’Engannerie), 4 grandes salles, où l’on n’offre d’ailleurs pas que du cinéma, mais aussi d’autres spectacles comme du music-hall (Joséphine Baker s’est ainsi produite dans la Cité de Guillaume).

L’Occupation et la Reconstruction

Pendant l’Occupation allemande, une nouvelle salle est construite : le Normandie (50 rue Saint-Pierre, dans les locaux actuels du magasin Eurodif). Le Majestic est réquisitionné par l’occupant pour divertir les troupes de la Wehrmacht (« Soldatenkino »). Les salles poursuivent leur activité dans des conditions évidemment particulières. Les films de propagande restent marginaux cependant.

La Libération et son lot de destructions, qui ont mis une bonne partie de la ville à bas, épargnent les cinémas qui peuvent reprendre assez rapidement leur activité. Seul l’Eden est détruit. Il sera reconstruit, plus grand, quelques années plus tard, près de ses ruines. Le Select sera quant à lui détruit, non par les bombardements mais parce qu’il gênait les plans des artisans de la reconstruction de la ville. Il sera reconstruit pour mieux s’intégrer au paysage de la nouvelle grande artère, l’avenue du 6-juin, par laquelle se fera désormais l’entrée dans le cinéma.

A la fin des années 50, de nouvelles salles viennent étoffer l’offre cinématographique : le Paris s’installe face au Select, avenue du 6-juin ; le Malherbe, rue Jean Romain ; l’ABC, enfin, rue de Falaise, vient combler le vide sur la rive droite de l’Orne.

La fin d’une époque et l’arrivée de l’Art & Essai avec le Lux

Dans les années 60, la fréquentation, comme au niveau national, chute. Le Select ferme ses portes et laisse la place à un garage automobile (fermé lui aussi depuis). Le Trianon est quant à lui détruit pour permettre la construction de la bibliothèque municipale. Le Normandie se refait une jeunesse et devient le Vog pour l’occasion.

C’est à cette période que le Lux va émerger. Salle paroissiale à l’origine en 1960, sa programmation respectueuse des bonnes mœurs (quitte à obstruer avec un carton les scènes « choquantes » !) trouve vite ses limites. Pour relancer la fréquentation et littéralement sauver le Lux de la fermeture, l’association de la paroisse fait appel à un fin connaisseur du cinéma local, Gilbert Benois. D’ultimatum en ultimatum, celui-ci va finir par réussir à donner une légitimité à la salle, en professionnalisant ses pratiques (davantage de séances), mais surtout en faisant le pari de l’Art & Essai, un mouvement alors débutant qui encourage la diffusion des films en version originale sous-titrée.

Concentration des salles caennaises et extension en périphérie à Hérouville

Dans les années 70, à l’exception du Majestic et du Lux, toutes les salles deviennent la propriété d’un exploitant brestois, Pierre Holley. Cette concentration ne vire pas pour autant à la concurrence déloyale, et la programmation se fait en bonne intelligence : Holley ne cherche pas à marcher sur les plates-bandes du Lux (qui vit alors son âge d’or). Sa mort dans un fait divers en 1974 ne modifiera pas la donne.

Par ailleurs, l’offre cinématographique sur l’agglomération caennaise s’élargit à Hérouville-Saint-Clair. Un complexe de cinq salles, le Cinéclair, voit le jour en 1976 dans la galerie marchande du supermarché. Dans le même temps, la mairie d’Hérouville-Saint-Clair a un autre projet dans ses cartons : un centre culturel cinématographique (le futur Café des Images), auquel sont associés les programmateurs du Lux. Mais ces derniers se retirent, fâchés, lorsqu’ils apprennent la création du Cinéclair que la mairie leur avait cachée. Le Café des Images ouvre en 1978 et, malgré des débuts difficiles, finira par trouver une place de choix dans le paysage cinématographique caennais. Moins heureux, le Cinéclair, victime de la concurrence des autres complexes, cesse lui son activité en 1986.

L’ère des multi-salles

Car une nouvelle ère s’ouvre : celles des complexes multi-salles, qui met fin à l’hégémonie des grandes salles à écran géant de plusieurs centaines de places. Gaumont rachète le Majestic et découpe les deux salles existantes en sept, afin de rentabiliser davantage l’activité. Dans le même temps ou presque, les héritiers de Pierre Halley souhaitent vendre toutes leurs salles (Vog, Paris, Malherbe). Inquiet de l’intérêt que ces emplacements pourraient susciter chez UGC ou Pathé, le Lux se lance alors dans une politique coûteuse de rachat, quitte à revendre ensuite ces salles à des activités non-cinématographiques (c’est le cas du Vog, à l’enseigne Eurodif). Il en frôlera la disparition… Car si le Paris trouve preneur (il sera découpé en quatre salles), ce n’est pas le cas du Malherbe. Le Lux trouve finalement un accord en 1984 avec Pathé (son PDG est un ami de la Ville) : s’appropriant des locaux attenants abandonnés par le Crédit Agricole, le cinéma se transforme en complexe de sept salles : cinq salles pour Pathé, les deux autres à l’étage pour le Lux. Mais c’est en fait Mediavision (la régie de publicité au petit bonhomme à la pioche), et non Pathé, qui entre dans le capital de la nouvelle société, avec des conséquences fâcheuses pour le Lux : victime d’un marché de dupes, il devient minoritaire et est contraint de fermer sa salle historique rive droite pour éviter la concurrence ! Après deux ans de ce régime où les animateurs du Lux sont progressivement évincés, c’est le divorce : le Lux repart de zéro en 1987 dans sa salle du quartier Sainte-Thérèse. Le Café des Images de son côté a su, par une politique ambitieuse, s’imposer sur le terrain de l’Art & Essai que le Lux n’arrivait plus à occuper : il en profite pour ouvrir une deuxième salle en 1987.

L’hégémonie de Pathé en centre-ville

Au début des années 90, Pathé et Gaumont règnent sur Caen (le Cinéclair a fermé, le Paris peine à exister) et se livrent concurrence. L’arrivée à leurs têtes respectives des deux frères Seydoux va aboutir à un accord de partage national pour s’épargner des conflits dans chaque ville où les deux circuits sont présents. A Caen,  Gaumont se retire et Pathé récupère en 1992 le site de l’ex-Majestic, qu’il baptise Pathé-Lumière. Plus de guerre donc avec le Pathé-Malherbe !

Pérennisation et développement de l’Art & Essai

L’Art & Essai évolue également dans l’agglomération : le Lux reprend des couleurs et ouvre une seconde salle en 1995. Le Café des Images passe à trois salles l’année suivante (le Lux suivra dix ans plus tard, une démarche indispensable pour ces cinémas qui pour assumer leur raison d’être et survivre doivent disposer d’une programmation suffisamment riche et variée). Ce terreau cinéphile attise des convoitises : le Paris est racheté et devient le troisième centre d’art & essai, le premier en centre-ville, sous le nom de Pandora, en 1999. Mais la greffe ne prend pas, et s’éteint deux ans plus tard. Le Crédit Agricole s’empare des lieux…

Les multiplexes

C’est à cette époque (la deuxième moitié des années 90) que débarque une nouvelle révolution de l’exploitation : le multiplexe. UGC lance ici le mouvement en 1998 en périphérie de Caen avec ses 12 salles dans le centre commercial Mondeville2. Son succès bouleverse à nouveau la donne en centre-ville. Le Pathé-Malherbe ferme ses portes en 2004, est détruit et remplacé par des appartements résidentiels. La riposte de Pathé interviendra prochainement, avec l’abandon de l’antique site du Pathé-Lumière pour investir le nouveau quartier des rives de l’Orne avec un complexe de dix salles.
Ce remodelage du paysage cinématographique  constituera un nouveau défi pour les cinémas d’Art & Essai de l’agglomération, les multiplexes en centre-ville cherchant en général à capter un public différent de celui des multiplexes de périphérie, un public que la version originale sous-titrée n’effraie pas… à suivre donc !

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Quelques commentaires

Cette conférence (qui manquait un peu d’illustrations visuelles) présentait une bonne partie des éléments mis en scène à l’exposition « Caen, des cinémas dans la ville » (présentée jusqu’au 31 octobre 2010 à  l’Echiquier, dans l’enceinte du Château de Caen). En plus de donner à voir quelques panneaux évoquant les cinémas caennais et leur histoire, celle-ci invite à revenir sur l’histoire du cinéma en général, de ses techniques et de ses mouvements artistiques. Ces deux parties sont parfois mixées dans le parcours, donnant malheureusement une impression un peu brouillonne… Le contenu donne cependant largement satisfaction !

Le livre éponyme sur lequel s’appuie cette exposition est d’une lecture tout à fait indispensable, bien illustrée (on aurait pourtant aimé davantage de photographies des bâtiments d’époque, et moins de ces affiches de vieux films qui s’étalent parfois sur des pages entières et donnent une impression de remplissage…). Les faits relatés sont évidemment davantage développés qu’au cours de la conférence, et agrémentés de nombreux et riches apartés qui sont autant d’occasions de témoignage d’acteurs plus ou moins récents de cette histoire.

L’auteur, Serge David, s’est appuyé en grande partie sur les travaux universitaires de Véronique Lallier-Lesbaudit et de Ludovic Lorenzi, auteur de « Les cinémas de Caen au 20ème siècle ». Cette dernière source, moins illustrée, est aussi plus fouillée et détaillée, notamment dans son évocation de l’évolution de la fréquentation des cinémas, de la Libération à 1999. Le livre, indispensable, est disponible à la vente en ligne, pour la modique somme de 6€ !

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